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Séminaire Octogone : Contrôle cognitif et changement de langues chez les bilingues

le 21 juin 2013
14h - 17h

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14h Changement de langue, changement de tâche : Liens entre les composantes linguistiques et motrices de l’inhibition chez des bilingues - Xavier Aparicio (Université Paris Descartes – Laboratoire Vision Action Cognition)

15h Comparaison de locuteurs bilingues et monolingues dans une tâche linguistique: L'apport des potentiels évoqués en dénomination ouverte - Emilie Massa (Université de Toulouse-Le Mirail, Octogone-Lordat et CLLE-LTC)

16h Le contrôle des langues étudié en contexte péri-opératoire chez des patients plurilingues souffrant de gliomes de bas grade - Barbara Köpke (UTM, Octogone-Lordat) & Vincent Lubrano (Pôle Neurosciences, CHU de Toulouse & Inserm U825)



Résumés :
 
Xavier Aparicio : Changement de langue, changement de tâche : Liens entre les composantes linguistiques et motrices de l’inhibition chez des bilingues

La plupart des études examinant l’accès au lexique mental multilingue vont dans le sens d’un lexique intégré, regroupant les informations sur les différentes langues ainsi que leurs caractéristiques. Une question centrale de recherche est de comprendre comment les bilingues/multilingues arrivent à contrôler, dans une certaine mesure, l’activation des différentes langues qu’ils connaissent tout en limitant les interférences entre elles. D’après l’hypothèse d’accès sélectif (Dijkstra et al., 1998), largement défendue dans la littérature, la lecture d’un mot dans une langue va dans un premier temps activer simultanément tous les candidats lexicaux, indépendamment de la langue, et les candidats lexicaux inappropriés sont ensuite inhibés. Cette succession d’activation et d’inhibition pour arriver à l’identification du mot cible pose bien évidemment la question du contrôle des langues chez les bilingues, sachant que la plupart d’entre eux sont habitués à passer d’une langue à une autre avec une relative aisance. Par ailleurs, plusieurs études ont mis en évidence un avantage du bilinguisme comparé aux performances de monolingues dans des tâches nécessitant la mise en place d’un contrôle cognitif ou impliquant les fonctions exécutives (i.e. Simon task, go-nogo, antisaccade, voir  Bialystok et al., 2008 ; Heidlmayr et al., en révision).
Dès lors, la question qui se pose est de comprendre ce qui permet concrètement aux bilingues d’obtenir de meilleures performances dans certaines tâches cognitives, et une piste de recherche à développer concerne l’utilisation d’un mécanisme d’inhibition dans la réalisation de tâches linguistiques ou mettant en jeu les fonctions exécutives. Il semble également pertinent de faire un parallèle avec les mécanismes d’inhibition au niveau moteur, certaines études ayant en effet souligné un lien entre les structures de l’inhibition à ces deux niveaux (Aravena et al., 2012). Nous présenterons deux études, ayant pour trait d’examiner les mécanismes d’inhibition au niveau linguistique (Expérience 1), et au niveau moteur (Expérience 2).
Dans l’Expérience 1, nous avons comparé les performances d’interprètes simultanés et de bilingues,  qui différaient par leur utilisation de mécanismes d’inhibition mais étaient équivalents en termes de niveau de langue. Ils devaient effectuer deux tâches (décision de langue et Stroop bilingue), chacune impliquant la mise en place d’un mécanisme d’inhibition active, et la décision de langue impliquant en plus une composante de levée d’inhibition, plus coûteuse cognitivement. Les résultats ont mis en évidence des performances similaires dans les deux groupes dans la tâche de Stroop bilingue (indiquant des performances similaires en termes d’inhibition active), mais les interprètes simultanés ont obtenu des résultats significativement meilleurs en décision de langue, indiquant une meilleure aptitude à mettre en place un mécanisme de levée d’inhibition. Dans l’Expérience 2, des bilingues et des monolingues devaient réaliser une tâche motrice d’antisaccades. L’hypothèse était de déterminer si les bilingues, entraînés à passer d’une langue à une autre (inhibition linguistique), obtiendraient de meilleures performances à une tâche nécessitant la mise en place d’une inhibition motrice. Les résultats ont révélé des performances meilleures chez les bilingues en antisaccade, corroborant l’existence d’un lien entre les composantes linguistiques et motrices de l’inhibition.


Emilie Massa : Comparaison de locuteurs bilingues et monolingues dans une tâche linguistique:  L'apport des potentiels évoqués en dénomination ouverte.
 
De nombreuses études ont mis en évidence une amélioration des performances chez les locuteurs bilingues par rapport à leur pairs monolingues dans des tâches requérant l’utilisation de fonctions exécutives (Bialystok & al. 2004; Costa & al. 2008; Hernandez & al. 2010). Les nombreux paradigmes (ex : Stroop, Simon Task, Attentional Network Test) testés chez des bilingues montrent généralement que ces derniers sont plus rapides pour réaliser les tâches et produisent moins d’erreurs que les monolingues. Cet avantage s’expliquerait par l’entrainement cognitif répété des mécanismes de contrôle dans la gestion des langues (sélection, changement, inhibition) ayant des répercussions sur des tâches n’impliquant pas la gestion des langues mais requérant les mêmes mécanismes exécutifs. En contrôlant leur langues, les bilingues développeraient une capacité accrue à inhiber les informations non pertinentes présentées dans ce type de tâches.  Ainsi la majorité des tâches utilisées sont des tâches dites « non linguistiques » au sens où elles ne font pas appel à proprement parler à la compétence du bilingue à alterner entre ses deux langues.
Nous proposons ici de comparer des locuteurs bilingues et des locuteurs monolingues dans une  tâche linguistique (dénomination d’images)  et de recueillir les potentiels évoqués induits par les changements de paradigmes (bloqués vs non switch/switch). La tâche, construite avec le même matériel, s’adapte aux deux groupes: les locuteurs bilingues alternent entre deux langues (français et italien) tandis que les locuteurs monolingues alternent entre deux modalités de dénomination (dénommer l’image ou donner seulement la première lettre du nom).

Recueillir des données lors d’une tâche linguistique offre différents avantages :
- La tâche nous fournit des données électrophysiologiques en production, modalité de recueil encore peu développée dans le domaine du changement de langue.
- La similitude des patterns d’activation mis en évidence lors du traitement des deux versions de cette même tâche nous permet de comparer les bilingues et les monolingues dans les différentes conditions.  Ainsi nous avons pu observer que l’amplitude de la P200 et de la LPC (Late Positive Component) sont plus importantes chez les bilingues dans les conditions non switch et switch. Ces deux composantes ont récemment été identifiées comme étant impliquées dans le processus attentionnel et la résolution de conflits (Chen, 2008).
- Enfin, nous disposons de données comportementales précises qui peuvent nous servir à établir des comparaisons entre le groupe bilingue et le groupe monolingue mais également confronter nos résultats avec les nombreuses données en « dénomination bilingue » présentes dans la littérature.


Barbara Köpke & Vincent Lubrano : Le contrôle des langues étudié en contexte péri-opératoire chez des patients plurilingues souffrant de gliomes de bas grade

La chirurgie éveillée est aujourd’hui la méthode de référence pour intervenir sur les lésions tumorales en région éloquente (e.g., langage). Les Stimulations Electriques Directes permettent d’établir une cartographie des fonctions motrices et langagières du patient et de tester ces fonctions tout au long de l’opération afin d’optimiser les résections et de préserver les capacités langagières du patient (Ojemann, Ojemann, Lettich & Berger, 1989). Chez les patients bilingues ou multilingues, des études en IRMf (voir Indefrey 2006 pour un résumé) et en SED (e.g. Giussani et al 2007 ; Lucas et al 2004) ont montré que chaque langue peut du moins partiellement être traitée dans des systèmes micro-anatomiques distinctes localisées dans les mêmes régions anatomiques. Il paraît donc préférable de tester ces patients multilingues dans chacune de leurs langues. De plus, les difficultés de contrôle des langues sont une plainte fréquente chez ce type de patients. Nous avons développé un protocole permettant de procéder à une évaluation pré- per et post-opératoire de patients multilingues incluant : i) une évaluation globale et comparable dans chaque langue (i.e., le Screening BAT, Guilhem et al. 2013) comportant une tâche de dénomination d’images pour chacune des langues ; ii) une « Switch » task (i.e., une tâche de dénomination alternée entre deux langues) adaptée au contexte per-opératoire permettant d’établir les corrélats neuronaux du contrôle des langues. Nous présenterons des données comportementales pré- et post-opératoires ainsi que les données de cartographies cérébrales du langage et de son contrôle pour 6 patients ayant des profils linguistiques variables.



Lieu(x) :
MdR, salle C26

 

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Unité de Recherche Interdisplinaire Octogone-Lordat EA4156

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