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REPORTE !! Séminaire Octogone-Lordat : "Les disfluences dans le langage de l’enfant : Acquisition, bégaiement, complexité syntaxique"Christelle Dodane (Praxiling UMR 5267, Montpellier)

Publié le 27 janvier 2020 Mis à jour le 23 mars 2020
le 3 avril 2020
14h
MdR E412


Christelle Dodane, MCF en phonétique

Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR5267 Praxiling, CNRS







Résumé

Au cours de l’acquisition du langage, il existe une période pendant laquelle les enfants produisent beaucoup de disfluences, généralement entre 2 et 4 ans. Cette phase est provisoire et correspond au moment où ils commencent à produire des énoncés plus longs et plus complexes au niveau syntaxique (Peters et al., 1989). Chez la plupart des enfants, elle disparaît spontanément vers 5-6 ans, sans que les études actuelles aient su déterminer pourquoi. Si les disfluences se maintiennent au-delà de cet âge, elles constituent l’indice d’un bégaiement persistant, dont la survenue est très difficile à prédire. Il est donc important d’étudier les disfluences de façon très précoce afin de déterminer si elles permettraient de différencier les enfants atteints d’un bégaiement transitoire des enfants souffrant d’un bégaiement persistant. Ainsi, nous avons analysé les productions de deux groupes d’enfants et nous avons codé leurs disfluences à l’aide d’une version adaptée du SDA (Campbell et al., 1991 ; Dodane et al., 2016 ; Bellier, 2018). Ces données s’inscrivent dans le projet BENEPHIDIRE  (coord. Fabrice Hirsch).
Le premier groupe rassemble les productions longitudinales et spontanées de deux enfants francophones (Morgenstern et Parisse, 2012, corpus COLAJE  ) et d’un enfant brésilien (Nunes de Vasconcelos, 2017) normo-fluents, enregistrés mensuellement entre 2 et 4 ans. Les résultats suggèrent que leurs disfluences n’émergent pas de façon aléatoire, ni du point de vue syntaxique, ni du point de vue prosodique et qu’elles semblent affectées par différents facteurs tels que la complexité syntaxique, la complexité du discours que l’enfant tente d’élaborer (Neuberger et Gosy, 2014), les problèmes de dénomination, la phase d’acquisition dans laquelle il se trouve, ainsi que l’organisation prosodique propre à sa langue maternelle.
Le deuxième groupe réunit les données de 10 enfants francophones (5 normo-fluents et 5 bègues), âgés de 2 à 6 ans et enregistrés en situation de parole spontanée dans un cabinet d’orthophonie, dans le cadre d’un mémoire d’orthophonie (Bellier, 2018). Les résultats révèlent que chez les bègues, les disfluences sont plus fréquentes, les éléments répétés, plus nombreux et accompagnés de davantage de signes d’effort. Par ailleurs, les enfants bègues présentent un pourcentage de disfluences typiques du bégaiement supérieur à 3% alors que chez les enfants normo-fluents, la proportion de disfluences typiques se trouve toujours en dessous de 3%, même si certains d’entre eux peuvent présenter plus de 10% de disfluences totales. Cela confirme le critère d’alerte de 3% à partir duquel le diagnostic de bégaiement peut être posé (Yairi et Ambrose, 1999).
Enfin, nous présenterons un travail récent (Didirkova et al., 2019) dont l’objectif est de déterminer l’influence de la complexité syntaxique sur le nombre de disfluences produites par les jeunes enfants en utilisant un plus grand nombre de données et en comparant plusieurs indices de complexité syntaxique. Nous avons ainsi utilisé les données longitudinales de 4 enfants âgés de 1 an à 4 et 11 mois (Morgenstern et Parisse, 2012). Il s’agit du même corpus que pour notre premier groupe (corpus COLAJE) auquel nous avons ajouté deux enfants et dont nous avons étendu l’âge étudié pour couvrir toute la période de l’acquisition du langage. Leurs productions ont été intégralement transcrites selon les normes CHAT (système CHILDES) et grâce au logiciel CLAN, nous avons ensuite pu extraire 56400 énoncés (14100 énoncés par enfant; +/- 2211 énoncés). A partir de ces données, nous avons calculé plusieurs scores pour estimer le degré de complexité syntaxique des énoncés produits par les enfants : la longueur moyenne des énoncés (MLU, Brown, 1973), le nombre moyen de verbes par énoncé et l’Index de Complexité Syntaxique (ISC, Szmrecsanyi, 2004). Les résultats seront présentés lors du séminaire.

Bibliographie :
Bellier, J. (2018). Étude des disfluences : caractéristiques et rôle dans la construction syntaxique chez des enfants bègues et normo-fluents. Mémoire d’orthophonie, juin 2018.
Brown, R. (1973). A first language: the early stages. Cambridge, MA: Harvard University press.
Campbell, J., Hill, D. et Driscoll, M. (1991, November). Systematic Disfluency Analysis: Using SDA to determine stuttering severity. In Annual Convention of the American Speech-Language-Hearing Association, Anaheim, CA.
Didirkova, I., Dodane, C. et Diwersy, S. (2019). The role of disfluencies in language acquisition and development of syntactic complexity in children. Actes du colloque DISS 2019, Budapest, 12-14 septembre 2019.
Dodane, C., Nunes de Vasconcelos, A., Scarpa, E. et Barkat-Defradas, M. (2016). Disfluences dans le langage de l’enfant : une perspective trans-linguistique (français et portugais brésilien). Glossa, 121, 15-37.
Morgenstern, A., Parisse, C. (2012). The Paris Corpus. French language studies, 22(1), 7-12. Consulté le 25.01.2017 de HAL : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01350592/document
Neuberger, T., Gosy, M. (2014). A cross-sectional study of disfluency characteristics in children’s spontaneous speech. Govor, 31(1), 3-27.
Nunes de Vasconcelos (2017). Emergência da negação e prosódia: estudo de casos de uma criança brasileira e uma criança francesa. Université d’état de Campinas (UNICAMP), Brésil.
Peters, H.F.M., Hulstijn, W., Starkweather, C.W. (1989). Acoustic and physiological reaction times of stutterers and nonstutterers. Journal of speech and hearing research, 32, 668-680. doi: 10.1044/jshr.3203.668
Szmrecsanyi, B. (2004). On operationalizing syntactic complexity. Jadt-04, 2, 1032–1039.
Yairi, E. & Ambrose, N. G. (1999). Early childhood stuttering I : Persistency and recovery rates. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 42 (5), 1097-1112.